Oeuvres

Land of plenty - Publication

Vulnerabilis

Démarche

« Votre interrogation de la condition humaine, marquée par la vulnérabilité, opposant à l’entropie une résistance à la fois fluide et acharnée, me touche. L’attention aigüe de votre regard, de votre main traduisant ce regard par le dessin, insiste sur une matière humaine-végétale, jusqu’à les traverser, en les fusionnant, et cette plongée dans l’infiniment proche produit des œuvres où l’incarnation et l’abstraction sont en tension, d’une forte présence. »

Philippe Rahmy, le 28.9.2017

Issue du domaine littéraire (recherche, critique, doctorat), je passe de l’autre coté du miroir en 2016. Depuis mes premiers dessins, j’interroge la question du souffle. Au début, je dessinais des plantes pour exprimer des émotions humaines : agitation, tristesse, rejet, désir, attirance, peur… mais très vite, explorant la porosité de l’homme au monde qui l’entoure, je me suis glissée sous la peau. J’y ai retrouvé des motifs végétaux, épousant des formes organiques, créant parfois une dentelle d’un genre nouveau, par le biais d’un fusain toujours plus léger, en écho à ma recherche autour du souffle.  C’est ainsi que commença mon projet d’un herbier à la fois proche et différent des herbiers « traditionnels » : un herbier humain…

Ils ont écrit... quelques (magnifiques!) écrivains à propos de mon travail

« (…) Quand le visiteur entre et referme la porte derrière lui, il a tout juste la place, seul, pour contempler le spectacle intime préparé pour lui. Sur une table recouverte d’une nappe blanche sont disposés une cinquantaine de petits ballons transparents et gonflés, de différentes tailles et de différentes formes. Ils sont éclairés par au-dessous à travers la transparence de la table.
Il n’y a pas de place pour le visiteur autour de l’installation ailleurs que frontale. Sur les côtés et derrière, seul un enfant pourrait se glisser. Rien ne bouge, même si la légèreté des bulles – ballons ? – dessine un mouvement ascendant. En y regardant de plus près, chacune de ces formes blanches présente des nuances grises selon l’épaisseur du matériau et de très fines veines à l’endroit où elles ont été ligaturées après avoir été gonflées. Vu de loin, ce pourrait être un empilement de galets blancs sur les bords d’un torrent. Mais de près, rien de minéral. C’est plutôt animal puisque l’artiste explique qu’elle s’est servie de vessies de porcs pour éclairer ses lanternes. Ne jamais prendre des vessies pour des lanternes, ou prendre l’Helvétie pour une lanterne ?
Le propos est plus sérieux. Il parle de la fragilité de nos vies quotidiennes. Un repas abandonné par des convives qui on fait bombance, c’est ce que l’artiste a imaginé peut-être, parce qu’il faut bien essayer de mettre des mots sur l’indicible. Mais ce n’est pas nécessaire. On préfère deviner ce qui obsède la plasticienne, elle qui d’habitude exhibe volontiers l’intérieur des corps et parfois même sanguinolents, images de scanners retravaillées, tomographies computérisées détournées. Ici grâce au white cube revisité, l’intérieur du corps, même s’il s’agit de celui d’un animal est nettoyé, exposé propre, alors qu’il s’agit d’une partie de cadavre. Mais la vie lui est rendue par l’artiste qui semble avoir suivi une longue démarche personnelle pour en arriver à ce moment de l’art, cette brève épiphanie, quand son installation réussit à nous dire quelque chose de ce qui se passe en nous, quelque chose d’indicible. Quand le visiteur ressort de l’espace clos dans le couloir de l’ancien hôpital, il se pourrait qu’il ait sur les lèvres le sourire furtif de l’ange. Il faut l’imaginer heureux. Merci Muriel.  »
Daniel de Roulet, « le White cube revisité » (à propos d’Hallali dans l’ancien hôpital de Sion), 2021.

« (…)Et voilà qu’une utopie personnelle des plus inattendues se révèle : mettre en confrontation, ou en harmonie, ou en résonnance, la matière organique et la matière inorganique. Le ballon est une vessie de porc. Les possibles plumes sont les pellicules de la membrane intérieure de la coquille d’œuf. La tortue est une tortue. Quand on dit ici organique, il s’agit de quelque chose qui a été vivant mais qui  est désormais mort, métamorphosé, portant les traces de traitements voulus ou naturels, presque toujours, ces traces, comme d’étranges ramifications parfois à peine perceptibles pour  l’œil.  Des ramifications qui évoquent des végétaux, des traces sur des bois d’animaux, des réseaux et canaux circulatoires du corps humains, veines, nerfs, os du squelette humain. Tout ceci léger, léger, la fragilité du fragile en quelque sorte. Il n’y a pas longtemps, Muriel s’est intéressée  à des reliquaires,  à l’occasion d’un projet pour présenter une de ces boîtes contenant des os  humains. C’était aussi de la matière organique,  et un symbole particulier du passage du temps : un champ immense d’exploration  pour l’artiste. Peut-être un de ces hasards qui, dans la création artistique, provoquent les courts-circuits mentaux et spirituels les plus merveilleusement bienvenus, les plus capables d’entente avec la fantaisie, l’ardeur au travail, l’inventivité. Tout à coup –on le suppose- tout est lié : l’organique et l’inorganique, la trace et la forme, le solide et la fragilité, la peau et la lumière, le passé et le présent, l’objet et l’à-plat,  la vie et la mort ».
Rose-Marie Pagnard, « Dans l’atelier de Muriel » (2021)

« La particularité des oeuvres de Muriel Zeender réside dans cette esthétique de dentelle organique. Son approche sensuelle fait deviner le souffle des grandes émotions – l’envers du corps n’est que le sujet apparent de ses oeuvres : en réalité, l’artiste travaille sur les vibrations à fleur de peau. »
Pascal Janovjak (2021)

«L’attention aiguë du regard, de la main traduisant ce regard par le dessin, insiste sur une matière humaine-végétale, jusqu’à les traverser en les fusionnant. Cette plongée dans l’infiniment proche produit des oeuvres où l’incarnation et l’abstraction sont en tension, d’une forte présence».
Philippe Rahmy (2017)

«  Ailleurs dans la galerie, juste après la turbulence des dessins au fusain, ces ouragans pourtant menacés de disparaître d’un seul souffle, il y a les peintures sous verre – on a changé d’attelage – toute cette vie qui frémit là, fleurs, pétales ou femmes qu’importe, palpitations, systole-diastole, sang qui glisse, corps qui coulent, vivaces, cette transparence liquide, insaisissable, pour peut-être signifier l’épaisseur d’un miracle : celui de la fécondité, et puis d’un autre, cette fois-ci plutôt un mystère : celui de notre finitude.
Evoquer la fragilité de ce qui est, autour de nous et en nous, c’est nous faire vaciller, sortir de l’intérieur de nos murailles, oublier nos gardiens, nous concentrer sur ce qui, vraiment, constitue le cours des choses.
Ces paysages, ces fleurs, ces plantes – dans ce temps aigu qui les constitue – nous oblige, et je voudrais remercier Muriel Zeender de nous offrir cela, à combattre… l’engourdissement. »
Michel Layaz (2016)

 

 

 

 

EXPOS

Actuel: exposition collective à Campus Biotech, Genève (23 Nov -31 janvier 22)

 

 

Du 23 novembre au 31 janvier, Campus Biotech, Genève, exposition collective « In Memoriam anni horibiles« . Organisée par Campus Biotech (Benoît Dubuis), Galerie Analix Forever (Barbara Polla) et le Flux Laboratory (Cynthia Odier).

Avec les artistes suivants:

Albain Blanchet, Janet Biggs, Veronique Caye, Yannick Bonvin-Rey, René-Pierre Clivaz, Alexandre d’Huy,Nicolas Fournier, Marios Fournaris, Gotof, Mark Henley,  Dana Hoey, Françoise Hohenegger, Ali Kazma, Eva Magyarosi, Raphael Mallon, Pierre Payn, PECUB,Laurent Possa, Anaïs Salson, Alexander et Ekaterina Serechenko, Jean Siegenthaler, Frank Smith, Natacha Todeschini, Mimiko Türkkan, Maxine Vogt, Benedikt Von Buchs, Muriel Zeender.

Expositions précédentes:

Sion: Galerie de la Grande Fontaine, du 25 septembre au 16 octobre 2021.
Muriel Zeender (dessin) et Michael Jochum (photographie). Avec également une rencontre et lecture de Rose-Marie Pagnard, pour son dernier livre, « Gloria Vynil », le samedi 2 octobre à 17h30 à la galerie.

Pariétal: Exposition personnelle, du 2 décembre 2019 au 8 février 2020, au théâtre Nuithonie, à Villars-sur-Glâne.
Exploration de paysages intérieurs et organiques, toujours en écho avec la question du souffle, « Pariétal » investit le champ d’une intimité physique ou mentale. L’hésitation entre le végétal et l’humain questionne la porosité de l’homme et embrasse ici la question du théâtre : qu’est-ce qu’on montre, qu’est-ce qu’on cache ? Ce qui est vulnérable, intime ou protégé sous la peau s’affiche sur les murs. A l’immensité du monde qui se reflète dans un corps, répond l’infiniment petit qui prend sur le béton une place immense.

``We are small``, Ferme Asile, Sion

« We are small« : Exposition de carnets proposée par Véronique Mauron à la Ferme Asile, à Sion, du 9 novembre au 15 décembre 2019: 37 artistes, 38 carnets. Deux carnets présentés: un en collaboration avec Augustin Rebetez, réalisé comme une correspondance, un autre seule, et très incarné. Ici, le carnet poursuit l’exploration de paysages intérieurs et organiques. Ailes de papillon, caresses minérales, végétales ou organiques expriment ainsi une prise de parole, entre hommages littéraires et déplacements de lettres ou de pigments à la recherche d’une poésie du vivant, proposant une exploration d’une intimité physique et mentale.

``Hissez haut!``, Pont Chauderon, Lausanne

« Hissez haut!« Du 28 octobre au 11 novembre 2019, sur le Pont Chauderon, à Lausanne. Exposition conçue par Visarte Vaud sur concours. 36 drapeaux de 3 mètres par 3. Mon drapeau, intitulé « Souffle« , présente un dessin au contour de deux poumons, sur fond couleur peau. Proposition du drapeau: Hisser haut notre condition d’être humain. Mettre en lien le vent qui fait flotter le drapeau et l’air qui nous fait vivre. Du premier au dernier souffle, bercé par le flux et le reflux de notre respiration. Faire face aux éléments. En flottant avec le vent, ces poumons dressés disent la quintessence de notre être au monde, par vent arrière comme par vents contraires. Dire l’incidence de nos émotions sur notre propre souffle – entrecoupé, précipité ou haletant, selon les circonstances. Essoufflement. Suffocation. Asphyxie. Face à la difficulté, on retient son souffle, on sent le picotement d’un vent trop froid sur sa peau – qui donne sa couleur au drapeau. Par temps calme comme par tempête, que l’on ait le vent en poupe ou que l’on soit à bout de souffle.

``Orbis terrae``, galerie C (extra muros), Bellinzona (8 février - 28 avril 2019)

A la domus Poetica, à Bellinzone, exposition présentée par la Galerie C (Neuchâtel), hors les murs, avec : Luc Andrié, Xavier Bauer, Matthieu GAfsou, Alain Huck, Mingjun Luo, Jean-Christophe Norman, Guy Oberson, Eric Poitevin, Michael Rampa. Du 8 février au 28 avril 2019.

``We are small``, Ferme Asile, Sion

« We are small (2019)« : Exposition de carnets proposée par Véronique Mauron à la Ferme Asile, à Sion, du 9 novembre au 15 décembre 2019: 37 artistes, 38 carnets. Deux carnets présentés: un en collaboration avec Augustin Rebetez, réalisé comme une correspondance, un autre seule, et très incarné. Ici, le carnet poursuit l’exploration de paysages intérieurs et organiques. Ailes de papillon, caresses minérales, végétales ou organiques expriment ainsi une prise de parole, entre hommages littéraires et déplacements de lettres ou de pigments à la recherche d’une poésie du vivant, proposant une exploration d’une intimité physique et mentale.

« Land of plenty est une installation présentée au sein de l’exposition « Chambre avec vue d’artistes » (du 11 novembre 2017 au 10 juin 2018), organisée par Guy Oberson au musée du papier peint à Mézières avec David Clerc, Liliana Gassiot, Catherine Liechti, Guy Oberson et Ivo Vonlanthen.

Dans « Land of plenty », l’organique et le végétal se confondent -ou s’interpénètrent ? Arbres et végétaux, système sanguin, arbres bronchiques et circuits synaptiques se ressemblent et se répondent. Faisant écho à une croyance encore répandue à l’époque médiévale selon laquelle l’homme contiendrait en lui l’univers entier, les dessins ébauchent des réseaux de sang ou de sève, esquissant quelque chose de l’ordre d’une cosmologie humaine. Les végétaux disent l’attirance, le désir et la vie, les éléments organiques et la fragilité de toute existence, qu’elle soit végétale ou humaine. Les organes déclinent des émotions humaines, portés par la fragilité d’un fusain qui incarne ce désir de vivre et de créer, malgré tout. La terre d’abondance dont rêve l’être humain se voit figurée par celle qui existe sous son épiderme. Tant que les liquidités humaines circulent (sang, lymphe, chyle, sperme), elles disent la vie qui frémit encore, entre diastole et systole. Les battements du cœur palpitent jusqu’au cœur des membranes. Les végétaux des papiers peints de la pièce bleue renvoient à la fragilité de la vie qui fourmille sous la peau. Ils se propagent sur les papiers posés au sol à la manière d’auréoles oeuvrant à la décomposition des corps physiques et l’érosion du souvenir dans la communauté des vivants. L’horizontalité esquisse la finitude prochaine, évoquant le destin des anciens habitants de la demeure, dont le souvenir s’est effacé à l’instar des motifs du papier peint de la façade sud. Les calques superposés y font aussi référence, exprimant dans une tension ambivalente le creusement des corps vers leur intériorité palpitante et l’effacement de vie qui s’éloigne déjà dans le souvenir. Au cours de cette exposition, j’ai animé trois lectures autour de la fragilité:

  • Lecture en hommage à Philippe Rahmy (26 nov 2017)
  • Lecture et entretien avec David Bosc, autour de « Mourir et puis sauter sur son cheval » (éd. Verdier) (3 décembre 2017)
  • Lecture par les élèves de la classe préprofessionnelle du conservatoire de Fribourg (sous la direction de Yann Pugin); 6 textes autour de la fragilité (autour des textes de D. Bosc, A-C. Decorvet, P. Kramer, P. Rahmy, E. Pagano, T. Sandoz) (28 janvier 2018)
Vulnerabilis, Galerie Jean-Jacques Hofstetter (texte de Michel Layaz)

« En pénétrant dans la galerie, on découvre d’abord les peintures à l’huile, ces paysages qui sont à la fois très beaux et chargés de dramaturgie, entre une dévastation possible et une résurrection probable, une nature forte mais faillible tout à la fois, des lieux remués, à l’intérieur desquels on pénètre avec prudence mais qui, par une sorte de magnétisme vous attire, vous inquiète, comme une virée en haute mer. On voudrait les traverser ces paysages, les éprouver, et puis aller voir plus loin, derrière, savoir ce qui s’y passe, pressentant que notre présence, quoi qu’il soit, sera sans importance, et vite effacée. Et pourtant, la certitude que ces paysages gardent tout, n’oublient rien.

Ailleurs dans la galerie, juste après la turbulence des dessins au fusain, ces ouragans pourtant menacés de disparaître d’un seul souffle, il y a les peintures sous verre – on a changé d’attelage – toute cette vie qui frémit là, fleurs, pétales ou femmes qu’importe, palpitations, systole-diastole, sang qui glisse, corps qui coulent, vivaces, cette transparence liquide, insaisissable, pour peut-être signifier l’épaisseur d’un miracle : celui de la fécondité, et puis d’un autre, cette fois-ci plutôt un mystère : celui de notre finitude.

Evoquer la fragilité de ce qui est, autour de nous et en nous, c’est nous faire vaciller, sortir de l’intérieur de nos murailles, oublier nos gardiens, nous concentrer sur ce qui, vraiment, constitue le cours des choses.

Ces paysages, ces fleurs, ces plantes – dans ce temps aigu qui les constitue – nous oblige, et je voudrais remercier Muriel Zeender de nous offrir cela, à combattre… l’engourdissement. »

Presse

Reportage sur la balade des lumières, Morat, 2021

Hallali (min 04′ -05’15 »): https://latele.ch/emissions/emissions-speciales/balade-des-lumieres?s=1

 

La liberté 08.09.2016

 Deux regards sur l’existence

L’hebdo  22.09.2016

  Muriel Zeender: bonjour l’artiste

Blog culturel « La batoille », 3.12. 2019

 Pariétal

Contact

Muriel Zeender

Pour me contacter: muriel.zeender@bluewin.ch

Join our Newsletter

We'll send you newsletters with news, tips & tricks. No spams here.