Oeuvres

Land of plenty - Publication

Vulnerabilis

Démarche

Depuis mes premiers dessins, j’interroge la question du souffle. Au début, je ne dessinais que des plantes pour exprimer des émotions humaines : agitation, tristesse, rejet, désir, attirance, peur… Depuis deux ans, explorant la porosité de l’homme au monde qui l’entoure, j’ai glissé sous la peau, pour plonger dans l’infiniment proche. J’y ai retrouvé des motifs végétaux, épousant des formes organiques, créant parfois une dentelle d’un genre nouveau, par le biais d’un fusain toujours plus léger, en écho à ma recherche constante autour du souffle.  C’est ainsi que commença mon projet d’un herbier à la fois proche et différent des herbiers « traditionnels » : un herbier humain…

A la croisée entre littérature et peinture

Littérature, peinture, mon parcours se nourrit des deux. Mes études, mes travaux de recherche littéraire et mes lectures ont nourri mon inspiration esthétique et ma pratique picturale. Pour exprimer ce lien fort entre littérature et peinture je propose des lectures à chacune de mes expositions. Lus à haute voix devant un public, les textes ouvrent de nouvelles perspectives tout en soulignant une part importante de l’inspiration et du propos des dessins . Fragilité, corps en souffrance, organique et végétal entremêlés, réseaux, lus ou dessinés, se répondent… 

Pour exprimer ce lien fort entre littérature et peinture je propose des lectures à chacune de mes expositions. Lus à haute voix devant un public, les textes ouvrent de nouvelles perspectives tout en soulignant une part importante de l’inspiration et du propos. Fragilité, corps en souffrance, organique et végétal entremêlés, travail sur le souffle, réseaux organiques et végétaux font écho du texte aux dessins et des dessins au texte…

Pour poursuivre le lien au livre, le petit catalogue « Land of plenty » reproduit séparément les dessins présentés pêle-mêle dans mon installation, en écho avec des citations littéraires.

EXPOS

Orbis terrae, Bellinzona

Du 08 février au 28 avril 2019, à la Domus poetica, à Bellinzone. Avec 

Luc ANDRIE – Xavier BAUER – Matthieu GAFSOU –  Alain HUCK – Mingjun LUO – Jean- Christophe NORMAN – Guy OBERSON – Eric POITEVIN – Michael RAMPA – Muriel ZEENDER  – etc.

VERNISSAGE  le 8 février 2019 de 18h à 20h. Visite guidée par Christian EGGER, directeur de la Galerie C à Neuchâtel.

Ouvert le 9 et 10 février de 10h-16,  et sur rendez-vous jusqu’au 28 avril 2019.

Land of plenty, Mézières

Dans la série « Land of plenty », l’organique et le végétal se confondent -ou s’interpénètrent ? Arbres et végétaux, système sanguin, arbres bronchiques et circuits synaptiques se ressemblent et se répondent. Faisant écho à une croyance répandue à la Renaissance encore selon laquelle l’homme contiendrait en lui l’univers entier, les dessins ébauchent des réseaux de sang ou de sève, esquissant quelque chose de l’ordre d’une cosmologie humaine. Les végétaux disent l’attirance, le désir et la vie, les éléments organiques et la fragilité de toute existence, qu’elle soit végétale ou humaine. Les organes déclinent des émotions humaines, portés par la fragilité d’un fusain qui incarne ce désir de vivre et de créer, malgré tout. La terre d’abondance dont rêve l’être humain se voit figurée par celle qui existe sous son épiderme. Tant que les liquidités humaines circulent (sang, lymphe, chyle, sperme), elles disent la vie qui frémit encore, entre diastole et systole. Les battements du cœur palpitent jusqu’au cœur des membranes.

Les végétaux des papiers peints de la pièce bleue renvoient à la fragilité de la vie qui fourmille sous la peau. Ils se propagent sur les papiers posés au sol à la manière d’auréoles oeuvrant à la décomposition des corps physiques et l’érosion du souvenir dans la communauté des vivants. L’horizontalité esquisse la finitude prochaine, évoquant le destin des anciens habitants de la demeure, dont le souvenir s’est effacé à l’instar des motifs du papier peint de la façade sud. Les calques superposés y font aussi référence, exprimant dans une tension ambivalente le creusement des corps vers leur intériorité palpitante et l’effacement de vie qui s’éloigne déjà dans le souvenir.

Vulnerabilis
Exposition présentée à la galerie Jean-Jacques Hofstetter à Fribourg,

Le parcours de l’exposition est conçu comme un chemin vers la fragilité, la concentration, et l’intériorisation. En entrant, on voit d’abord les grandes huiles. Leur dimension accentue leur présence. Elles évoquent des arbres, dégageant une image plus forte que les plantes qui suivront.

Après les huiles, on découvre les dessins et les sous-verres, juste annoncés dans la première salle, et présentés dans des boîtes noires, témoignant d’une plus grande force. Les sujets se concentrent sur des figures plus isolées. Le spectateur poursuit son chemin vers l’introspection. Un arbre, qui dévoile en même temps la vie et la mort, des arbustes poussant dans le désert, malgré le manque d’eau et l’aridité du climat, puis ces fleurs rouges, intérieures, façonnées par des pigments délavés, jouant sur la transparence du verre et des jeux d’échanges organiques et des liquides biologiques. Avec le passage resserré qui ouvre la deuxième salle, on pénètre dans une sphère plus intime. On est comme à l’intérieur du corps. Plus on avance, plus les sujets tendent vers cette fragilité essentielle. Les fleurs rouges évoquent le sang, les échanges placentaires entre la mère et l’enfant. Tout au fond, un mur tapissé de petits formats accrochés de manière très dense : dessins, aquarelles et gouaches alternent par contraste, s’allégeant en s’élevant, esquissant comme un envol vers le mur du fond. Après une respiration, sur le mur perpendiculaire, la dernière œuvre du parcours : une main à peine visible faite de poudre de fusain sur papier japon, flottant dans une boîte plus grande que lui, figurant la quintessence de la fragilité. Ouvrant comme un guillemet dans le ciel, cette main salue-t-elle le spectateur… ou alors prend-elle congé de lui?

Propos de Michel Layaz, en préambule à sa lecture
à la galerie J.-J. Hofstetter le 23 septembre 2016.

« En pénétrant dans la galerie, on découvre d’abord les peintures à l’huile, ces paysages qui sont à la fois très beaux et chargés de dramaturgie, entre une dévastation possible et une résurrection probable, une nature forte mais faillible tout à la fois, des lieux remués, à l’intérieur desquels on pénètre avec prudence mais qui, par une sorte de magnétisme vous attire, vous inquiète, comme une virée en haute mer. On voudrait les traverser ces paysages, les éprouver, et puis aller voir plus loin, derrière, savoir ce qui s’y passe, pressentant que notre présence, quoi qu’il soit, sera sans importance, et vite effacée. Et pourtant, la certitude que ces paysages gardent tout, n’oublient rien.

Ailleurs dans la galerie, juste après la turbulence des dessins au fusain, ces ouragans pourtant menacés de disparaître d’un seul souffle, il y a les peintures sous verre – on a changé d’attelage – toute cette vie qui frémit là, fleurs, pétales ou femmes qu’importe, palpitations, systole-diastole, sang qui glisse, corps qui coulent, vivaces, cette transparence liquide, insaisissable, pour peut-être signifier l’épaisseur d’un miracle : celui de la fécondité, et puis d’un autre, cette fois-ci plutôt un mystère : celui de notre finitude.

Evoquer la fragilité de ce qui est, autour de nous et en nous, c’est nous faire vaciller, sortir de l’intérieur de nos murailles, oublier nos gardiens, nous concentrer sur ce qui, vraiment, constitue le cours des choses.

Ces paysages, ces fleurs, ces plantes – dans ce temps aigu qui les constitue – nous oblige, et je voudrais remercier Muriel Zeender de nous offrir cela, à combattre… l’engourdissement. »

Contact

Muriel Zeender

Pour me contacter: muriel.zeender@bluewin.ch

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