Oeuvres

Ils ont écrit à propos de mon travail

Poète, Muriel Zeender ? Par Sylviane Dupuis.

S’il s’agit (comme l’a formulé Baudelaire) de transformer la boue en or, ou une charogne en poème, d’« éterniser le transitoire » ou de transfigurer l’éphémère en sacralisant les choses mortelles, et jusqu’aux plus triviales, par le moyen de l’art ; si la poésie consiste (comme le voulait Reverdy) à concevoir sans cesse de nouvelles analogies entre les réalités les plus éloignées l’une de l’autre, les plus inconciliables en apparence – ou à les réunir dans l’oxymore : donnant corps, dans la langue ou dans une forme, au surgissement du simultané, à la coïncidence des opposés, ou à l’infigurable ; si elle est bien ce travail de transmutation du réel en symboles donnés à lire, et s’il existe pour tout poète, en dépit de l’horreur, une « responsabilité de beauté » (selon Dominique Fourcade)… alors oui, Muriel Zeender est poète ; mais muettement.

Qu’elle fusionne en un seul dessin – les confondant – labyrinthes intimes du corps humain et entrelacs de la végétation, ramification des veines et branchages proliférants, ou, comme dans une installation récente intitulée Hallali, vessies de porcs très réelles et pouvoirs de sublimation de la lumière, en une sorte de « Cène » mi-profane (les vessies, la table, la nappe blanche), mi-sacrée (le charnier se muant en holocauste, en allégorie, en sublime artefact ou en épiphanie), toujours, avec elle, on se heurte au « terrible ». Au deinos : ce mot qui pour les anciens Grecs (et dans l’Antigone de Sophocle) désigne à la fois le beau et le terrible.

Et toujours, il y a trouble. Trouble dans la représentation (où, le végétal ? où, le corps ?). Trouble, ou hésitation, entre vie et mort, organique et inorganique, entre abstraction et figuration, ou exposition de l’intime.

Hallali – où semble aboutir et se condenser le long processus d’élaboration d’une esthétique propre, mais aussi d’un rapport au monde tout à fait singulier – renvoie à tous les massacres : aux guerres, aux génocides du siècle qui nous précède comme à ceux qui pourraient nous attendre, ou à l’inéluctable extinction des espèces ; et au genre du Stilllebenou de la nature morte, voire à un détournement de la « Sainte Cène » ; ou encore, à ces joyeux tableaux de l’Ecole hollandaise (il y en a un, de Jan Victors, au Musée d’Art d’Histoire de Genève) où l’on voit des enfants s’amuser à gonfler des vessies pour s’en faire un ballon – mais à côté d’un bœuf écorché ; ce qui fait osciller la représentation entre peinture de genre et vanité.

Une telle superposition de tonalités, de références ou de lectures possibles, et les sentiments contradictoires qui lèvent en nous face à la déroutante installation (disposée en outre au cœur d’une chambre noire, comme celle des photographes) font la grande force de cette œuvre ambiguë, fascinante, dérangeante, mais aussi d’une beauté comme surréelle… et peut-être non dénuée d’humour.

L’art (Baudelaire, encore) commémore « la mémoire du présent » en le coagulant dans une forme. Mais cette forme est déjà coagulation d’images qui hantent la mémoire de l’artiste, le travaillant parfois à son insu ; et à l’autre bout de la chaîne – au point de rencontre entre l’œuvre et un regard –, elle aura fonction de révélateur : à chacun, chacune, d’assumer dès lors la responsabilité d’un sens. Ou de ses propres fantasmes.

Si Muriel Zeender est poète, c’est aussi parce qu’elle n’impose aucune lecture. Ne raconte rien. Le trouble qui nous saisit, elle ne le résoudra pas, ni même ne le commentera. Laissant le champ libre aux émotions, aux sensations, et à l’interprétation, elle nous provoque plutôt, à notre tour, à la métamorphose.
Sylviane Dupuis

Daniel de Roulet, « le White cube revisité » (à propos d’Hallali, ancien hôpital de Sion), 2021.

« (…) Quand le visiteur entre et referme la porte derrière lui, il a tout juste la place, seul, pour contempler le spectacle intime préparé pour lui. Sur une table recouverte d’une nappe blanche sont disposés une cinquantaine de petits ballons transparents et gonflés, de différentes tailles et de différentes formes. Ils sont éclairés par au-dessous à travers la transparence de la table.
Il n’y a pas de place pour le visiteur autour de l’installation ailleurs que frontale. Sur les côtés et derrière, seul un enfant pourrait se glisser. Rien ne bouge, même si la légèreté des bulles – ballons ? – dessine un mouvement ascendant. En y regardant de plus près, chacune de ces formes blanches présente des nuances grises selon l’épaisseur du matériau et de très fines veines à l’endroit où elles ont été ligaturées après avoir été gonflées. Vu de loin, ce pourrait être un empilement de galets blancs sur les bords d’un torrent. Mais de près, rien de minéral. C’est plutôt animal puisque l’artiste explique qu’elle s’est servie de vessies de porcs pour éclairer ses lanternes. Ne jamais prendre des vessies pour des lanternes, ou prendre l’Helvétie pour une lanterne ?
Le propos est plus sérieux. Il parle de la fragilité de nos vies quotidiennes. Un repas abandonné par des convives qui on fait bombance, c’est ce que l’artiste a imaginé peut-être, parce qu’il faut bien essayer de mettre des mots sur l’indicible. Mais ce n’est pas nécessaire. On préfère deviner ce qui obsède la plasticienne, elle qui d’habitude exhibe volontiers l’intérieur des corps et parfois même sanguinolents, images de scanners retravaillées, tomographies computérisées détournées. Ici grâce au white cube revisité, l’intérieur du corps, même s’il s’agit de celui d’un animal est nettoyé, exposé propre, alors qu’il s’agit d’une partie de cadavre. Mais la vie lui est rendue par l’artiste qui semble avoir suivi une longue démarche personnelle pour en arriver à ce moment de l’art, cette brève épiphanie, quand son installation réussit à nous dire quelque chose de ce qui se passe en nous, quelque chose d’indicible. Quand le visiteur ressort de l’espace clos dans le couloir de l’ancien hôpital, il se pourrait qu’il ait sur les lèvres le sourire furtif de l’ange. Il faut l’imaginer heureux. Merci Muriel.  »
Daniel de Roulet.

Rose-Marie Pagnard, « Dans l’atelier de Muriel » (2021)

« (…)Et voilà qu’une utopie personnelle des plus inattendues se révèle : mettre en confrontation, ou en harmonie, ou en résonnance, la matière organique et la matière inorganique. Le ballon est une vessie de porc. Les possibles plumes sont les pellicules de la membrane intérieure de la coquille d’œuf. La tortue est une tortue. Quand on dit ici organique, il s’agit de quelque chose qui a été vivant mais qui  est désormais mort, métamorphosé, portant les traces de traitements voulus ou naturels, presque toujours, ces traces, comme d’étranges ramifications parfois à peine perceptibles pour  l’œil.  Des ramifications qui évoquent des végétaux, des traces sur des bois d’animaux, des réseaux et canaux circulatoires du corps humains, veines, nerfs, os du squelette humain. Tout ceci léger, léger, la fragilité du fragile en quelque sorte. Il n’y a pas longtemps, Muriel s’est intéressée  à des reliquaires,  à l’occasion d’un projet pour présenter une de ces boîtes contenant des os  humains. C’était aussi de la matière organique,  et un symbole particulier du passage du temps : un champ immense d’exploration  pour l’artiste. Peut-être un de ces hasards qui, dans la création artistique, provoquent les courts-circuits mentaux et spirituels les plus merveilleusement bienvenus, les plus capables d’entente avec la fantaisie, l’ardeur au travail, l’inventivité. Tout à coup –on le suppose- tout est lié : l’organique et l’inorganique, la trace et la forme, le solide et la fragilité, la peau et la lumière, le passé et le présent, l’objet et l’à-plat,  la vie et la mort ».
Rose-Marie Pagnard, automne 2021.

Pascal Janovjak (2021)

« La particularité des oeuvres de Muriel Zeender réside dans cette esthétique de dentelle organique. Son approche sensuelle fait deviner le souffle des grandes émotions – l’envers du corps n’est que le sujet apparent de ses oeuvres : en réalité, l’artiste travaille sur les vibrations à fleur de peau. »                                  Pascal Janovjak (2021)

Philippe Rahmy (2017)

«L’attention aiguë du regard, de la main traduisant ce regard par le dessin, insiste sur une matière humaine-végétale, jusqu’à les traverser en les fusionnant. Cette plongée dans l’infiniment proche produit des oeuvres où l’incarnation et l’abstraction sont en tension, d’une forte présence». Philippe Rahmy (27 septembre 2017)

Michel Layaz, lecture à l’occasion de ma première exposition (0ctobre 2016)

«  Ailleurs dans la galerie, juste après la turbulence des dessins au fusain, ces ouragans pourtant menacés de disparaître d’un seul souffle, il y a les peintures sous verre – on a changé d’attelage – toute cette vie qui frémit là, fleurs, pétales ou femmes qu’importe, palpitations, systole-diastole, sang qui glisse, corps qui coulent, vivaces, cette transparence liquide, insaisissable, pour peut-être signifier l’épaisseur d’un miracle : celui de la fécondité, et puis d’un autre, cette fois-ci plutôt un mystère : celui de notre finitude.
Evoquer la fragilité de ce qui est, autour de nous et en nous, c’est nous faire vaciller, sortir de l’intérieur de nos murailles, oublier nos gardiens, nous concentrer sur ce qui, vraiment, constitue le cours des choses.
Ces paysages, ces fleurs, ces plantes – dans ce temps aigu qui les constitue – nous oblige, et je voudrais remercier Muriel Zeender de nous offrir cela, à combattre… l’engourdissement. »
Michel Layaz (2016)

EXPOS

Actuel: Du 7 mai au 24 juillet, Villa Bernasconi, Grand Lancy: Atlas arboricole (exposition collective, curation Véronique Mauron)

Atlas arboricole: Exposition collective, curatrice Véronique Mauron. Avec:

Emmanuelle Antille – Isa Barbier – Berclaz de Sierre – Jacques Berthet – Benjamin Bonjour – Harold Bouvard – Laetitia Dosch – Ariane Epars – Andrea Gabutti – Anna Halm Schudel – Eric Hattan – Tito Honegger – Laurence Huber – Thomas Lambert – Jean- François Luthy – Jean Mohr – Jean Otth – Didier Rittener – Charlotte Schaer – Camille Scherrer – Bruno Serralongue – Viviane van Singer – Nathalie Wetzel – Muriel Zeender – Pierre- Alain Zuber.

Expositions précédentes:

« In Memoriam anni horibiles« : du 23 novembre au 31 janvier, Campus Biotech, Genève, exposition collective. Organisée par Campus Biotech (Benoît Dubuis), Galerie Analix Forever (Barbara Polla) et le Flux Laboratory (Cynthia Odier).

Sion: Galerie de la Grande Fontaine, du 25 septembre au 16 octobre 2021.
Muriel Zeender (dessin) et Michael Jochum (photographie). Avec également une rencontre et lecture de Rose-Marie Pagnard, pour son dernier livre, « Gloria Vynil », le samedi 2 octobre à 17h30 à la galerie.

Pariétal: Exposition personnelle, du 2 décembre 2019 au 8 février 2020, au théâtre Nuithonie, à Villars-sur-Glâne.

« We are small« : Exposition de carnets proposée par Véronique Mauron à la Ferme Asile, à Sion, du 9 novembre au 15 décembre 2019: 37 artistes, 38 carnets.

« Hissez haut!« Du 28 octobre au 11 novembre 2019, sur le Pont Chauderon, à Lausanne. Exposition conçue par Visarte Vaud sur concours. 36 drapeaux de 3 mètres par 3.

« Orbis terrae », galerie C (extra muros), Bellinzona (8 février – 28 avril 2019): A la domus Poetica, à Bellinzone, exposition présentée par la Galerie C (Neuchâtel), hors les murs, avec : Luc Andrié, Xavier Bauer, Matthieu GAfsou, Alain Huck, Mingjun Luo, Jean-Christophe Norman, Guy Oberson, Eric Poitevin, Michael Rampa.

« We are small (2019)« : Exposition de carnets proposée par Véronique Mauron à la Ferme Asile, à Sion, du 9 novembre au 15 décembre 2019.

« Chambre avec vue d’artistes » (du 11 novembre 2017 au 10 juin 2018), organisée par Guy Oberson au Musée du papier peint à Mézières avec David Clerc, Liliana Gassiot, Catherine Liechti, Guy Oberson et Ivo Vonlanthen. Présentation de mon installation « Land of plenty ».

Vulnerabilis, exposition personnelle présentée à la galerie Jean-Jacques Hoffstetter, à Fribourg, septembre-octobre 2016

Presse

Contact

Muriel Zeender

Pour me contacter: muriel.zeender@bluewin.ch

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